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Les lignes de Nasca (Perou) un grand mystère au milieu du désert

Sur le papier, la distance entre Cusco et Nasca ne paraît pas énorme. C’est oublier un peu vite que Cusco se trouve aux portes de l’Amazonie et Nasca aux portes du Pacifique. Entre ces deux villes s’étend la Cordillère des Andes qu’il va nous falloir traverser.

Il n’y a que deux solutions pour se rendre à Nasca depuis Cusco : une route assez rectiligne mais très longue qui passe par Arequipa. Ou bien une route plus courte en kilomètres mais très sinueuse qui coupe à travers la montagne en passant par Abancay. Les deux routes comportent plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres à des altitudes supérieures à 3500 mètres. Et les deux peuvent se faire de jour ou de nuit. Sachant que les deux itinéraires sont absolument somptueux. Notre choix s’est finalement porté sur la route sinueuse, en voyageant de jour.

Voilà comment nous nous sommes retrouvés à la gare routière de Cusco, fin juillet 2006, prêts à affronter 15 heures de bus quasiment non stop. Nous n’avons qu’une seule véritable pause, vers 12h30 pour déjeuner dans un restaurant routier. Simple, rapide, peu cher. Contrairement à l’itinéraire passant par Arequipa, notre route n’est pas desservie par 36 compagnies de bus. Seules deux d’entre elles proposent ce trajet. Nous avons opté pour la compagnie Wari, celle qui offrait le départ le plus tôt le matin : 08h00, ce qui fait arriver à 23h00 à Nasca. Le prix ? 80 soles par personne.

D’une manière générale, les touristes sont peu nombreux à faire le choix de cette route. En plus, ils préfèrent généralement le bus de nuit. Notre bus du matin est donc un bus « économique », sans toilettes ni climatisation. Et nous sommes les seuls touristes à bord. Dès le début du voyage, le « steward » du bus distribue des sacs à vomi en plastique. Une partie des voyageurs ressentent rapidement après le départ de Cusco le besoin de s’en servir. Il faut dire que la route tourne énormément. Durant tout ce trajet, nous avons eu droit aux sempiternels vendeuses d’eau et de nourriture variée, les concerts de flûte de pan, ainsi qu’à de très folkloriques vendeurs de poudre de perlimpinpin.

La route est superbe. On descend très bas dans des vallées, avant de remonter très haut pour passer des cols à 4700 mètres d’altitude. On roule pendant des kilomètres au travers de paysages d’altiplano, au milieu de troupeaux de lamas et de vigognes en liberté. Certains villages traversés sont magnifiques. Et le coucher de soleil sur cette route est quelque chose de vraiment magique. Ce n’est que 40 kilomètres avant Nasca que la route soudain plonge vers la ville. La descente est interminable. Nous passons de 4000 mètres à 600 mètres en ayant le cœur un peu serré à l’idée de quitter les paysages de montagnes, les hautes altitudes, les lamas ...

Le bus finit par nous déposer peu après 23h00 au milieu de nulle part, dans Nasca. Les rues ne sont pas éclairées et des types à la gueule patibulaires traînent dans le coin. Nous comprenons malgré tout assez rapidement que nous avons été déposés devant le bureau de représentation de la compagnie de bus Wari, dans le quartier de Nasca où se concentrent toutes les compagnies de bus. Les types à mines patibulaires s’avèrent être des chauffeurs de « colectivos », ces taxis collectifs longue distance. Ils font l’objet d’une description très juste dans le Guide du Routard :« il y a aussi des taxis-colectivos en face, des voitures américaines style Reservoir Dogs avec des chauffeurs Pulp Fiction, c’est-à-dire hauts en couleur ». Sympathiques, ils engagent la conversation et nous hèlent un taxi classique pour nous emmener à notre hôtel. Il s’avère que l’hôtel n’est situé qu’à 150 mètres de l’endroit où l’on nous a déposé.

Le lendemain matin, nous constatons que Nasca est une ville minuscule et que la majorité des lieux importants sont concentrés dans un mouchoir de poche. Nous constatons également que Nasca est une ville sans aucun charme. La ville a subi de nombreux tremblements de terre (le dernier date de 1998). Et de ce fait, il ne subsiste aucun bâtiment un tant soit peu ancien. De nombreux immeubles sont plus ou moins en ruine. La plupart ne dépasse pas un étage et beaucoup d’entre eux ont été reconstruits à la va-vite. Pour couronner le tout, la rue principale de la ville est entièrement en travaux en cette fin juillet 2006. Bref, c’est une ville assez laide, à 600 mètres d’altitude, typique des petites villes d’Amérique du Sud, avec ses rues en terre battue, ses trottoirs sales, quand ils existent, son éclairage faiblard la nuit, qui dégage une certaine impression d’insécurité.

Du coup, après une telle description, vous vous demandez peut-être ce qui a bien pu nous pousser à faire une halte à Nasca. Eh bien, il se trouve que l’on peut observer, à proximité de cette ville, un phénomène (quasi) unique au monde : des géoglyphes.

Qu’est-ce qu’un géoglyphe ?

C’est un immense dessin gravé dans le sol. Certes, des géoglyphes, on peut en voir quelques-uns ailleurs dans le monde. Mais pas en telles quantités sur une zone aussi restreinte. Car ici, à Nasca, les dessins géants se comptent par centaines. Beaucoup d’entre eux se chevauchent. Ces dessins sont gravés à même le sol, dans ce qu’on appelle la « pampa de Nasca », une vaste plaine désertique d’altitude, ponctuée de quelques rares montagnes. Creuser sur quelques centimètres de profondeur le sol de la pampa fait ressortir le dessin par contraste de couleurs. Il faut par ailleurs préciser que dans la région de Nasca, il ne pleut quasiment jamais (moins d’1 mm d’eau par an et par m²). Cette zone compte parmi les plus sèches du monde. Ceci explique le parfait état de conservation de ces dessins, qui n’ont subi aucune érosion.

Les dessins ont le plus souvent des formes géométriques, mais aussi parfois des formes humaines, d’animaux ou de plantes. Le plus fabuleux, c’est qu’ils font tous au minimum plusieurs dizaines de mètres de longueur. Les géoglyphes figuratifs, représentant des animaux ou des humains sont de dimensions plus petites : entre 30 et 150 mètres. Mais les plus grands géoglyphes sont des pistes ou des lignes parfaitement rectiligne de près de 10 kilomètres de longueur.

Pour observer ces dessins, on pourrait faire comme Madame Maria Reiche, une Allemande qui s’est installée à Nasca à la fin des années 1920 et a consacré sa vie à tenter de percer les secrets de ces lignes en arpentant le désert, perchée au sommet d’un escabeau. Mais aujourd’hui, pour protéger le site, en particulier des farfelus qui y voient des signes de vie extraterrestres, la zone est strictement interdite au public. Seuls les archéologues venus faire des fouilles pour tenter de mettre à jour tous les mystères de la civilisation Nasca peuvent y pénétrer.

Les fameux géoglyphes sont en effet les signes les plus visibles de la civilisation Nasca. Mais, les Nascas, dont l’existence s’est étalée entre 400 avant notre ère et 600 après, nous ont laissés beaucoup d’autres traces bien plus discrètes : des poteries, des rites funéraires, des techniques de momification, des temples ... Les plus passionnés des touristes pourront prévoir plusieurs journées à Nasca pour se rendre dans les sites archéologiques environnants. Les plus pressés se contenteront comme moi d’observer une parties des géoglyphes, autrement appelées « lignes de Nasca ». Alors, pour observer les lignes, il n’y a que deux solutions :

La première solution, peu coûteuse, consiste à se rendre jusqu’à un mirador construit au bord de l’autoroute Panaméricaine, à 30 Km au Nord de Nasca. De là-haut, on peut avoir un aperçu de 3 dessins, moyennant une poignée de Soles à laquelle s’ajoute le prix du taxi ou du minibus pour y aller. A mon sens, ce n’est pas vraiment nécessaire de faire le déplacement jusqu’à Nasca pour se contenter de ça.

La seconde solution, beaucoup plus coûteuse, consiste à survoler le site en avionnette. C’est ce que nous avons fait. Comme on pouvait s’y attendre, pas une maison de Nasca qui ne propose des forfaits pour survoler les lignes. Nous avons rendu visite à plusieurs agences, pour au final porter notre choix sur le bureau de vente de la compagnie d’aviation Aérocondor. Aerocondor proposait un survol + un film explicatif sur les lignes de Nasca + attente dans l’hôtel avec piscine situé juste en face de l’aéroport (il n’y a que la rue à traverser) + le transport ville aéroport aller et retour en minibus, le tout pour 45 USD par personne. Ce tarif nous a paru nettement moins cher que celui pratiqué par les escrocs de la Plaza de Armas.

Nous commençons par passer à l’aéroport, situé à 4 kilomètres de la ville, pour payer la taxe de vol (10 Soles par personne). On nous demande notre poids, pour la répartition des passagers dans les différents avions. Et on nous précise notre heure de départ. Notre vol est prévu à 17h15. Nous attendons tranquillement dans l’hôtel d’en face, à lire sur des chaises longues au soleil. Mais à 16h30, un type essoufflé vient nous chercher et nous fait courir jusqu’aux avions, de l’autre côté de la route. Notre heure de vol est avancée, un groupe de touristes ne s’étant pas présenté à temps. Or les horaires et durées des vols sont très réglementés : pour éviter toute collision, les avions décollent toutes les 6 minutes, volent à 3 altitudes différentes et doivent atterrir au bout de 35 minutes avec une marge d’erreur de +/- 1 minutes.

Le décollage est ultra rapide dans ces petits Cessna de 4 places. Le décollage à peine effectué, le pilote lâche soudain son volant, fourrage quelques secondes sous son siège et se retourne vers les deux passagères situées à l’arrière pour leur demander si tout va bien et leur remettre, ainsi qu’à moi, un petit plan des géoglyphes que nous allons survoler. De voir le pilote lâcher ses commandes de la sorte, ça m’a quand même donné un petit coup d’adrénaline. Le pire était à venir.

On ne monte pas très haut. Et très rapidement, on arrive en vue des premiers géoglyphes. Au début, je ne vois rien. Et puis d’un seul coup, le pilote penche fortement l’appareil sur le côté droit en pointant du doigt quelque chose dans la pampa. Pris au dépourvu, je suis totalement flippé par cette manœuvre aussi inattendue que subite. Je me sens comme dans un manège de foire, la tête à l’envers avec la peur de tomber dans le vide. Seule satisfactions, je distingue très nettement une forme de poisson. Nous survolons le géoglyphe de la Baleine.

J’aperçois successivement, au gré des violents roulis de l’avion à droite et à gauche, des lignes trapézoïdales, un cosmonaute, un singe, un condor, une araignée, un colibri, un oiseau à tête de serpent et un perroquet. Sans compter les innombrables figures géométriques.

(JPG) Le dessin du singe est d’autant plus étonnants que dans cette partie du Pérou, il n’y a absolument aucun singe. Nous sommes dans une sorte de désert aride et les singes les plus proches se trouvent en Amazonie, de l’autre côté de la Cordillère des Andes. La veille, nous avons mis près de 16 heures en bus par une route très praticable pour traverser la Cordillère en passant par des cols au-dessus de 4500 mètres. Alors à l’époque à laquelle ces géoglyphes ont été réalisés, on se demande bien comment les Nascas ont pu faire l’aller retour. Autre source d’étonnement : les dessins d’animaux ou à forme humaine sont réalisés d’un seul trait. La figure n’est constituée que d’une seule ligne. C’est incroyable à voir d’en haut.

L’expérience est géniale. Le tout dure 35 minutes. On voit vraiment bien le tout. On est juste pas mal secoués dans ces petits avions. A la sortie, je titube un peu, et me sens comme si je sortais d’une attraction de fête foraine assez défrisante qui aurait duré 35 minutes.

Attention toutefois, Nasca est souvent plongée dans la brume, en particulier pendant les mois d’hiver péruvien (juillet et août). Généralement, elle se lève vers midi. Les avions ne décollent que si la brume a disparu. Les vols peuvent donc être annulés si la brume ne se lève pas ou trop tard.

Suite à ce vol extraordinaire, ma petite camarade se passionne pour ces histoires de lignes. Le soir, la voilà partie à l’hôtel Nasca Lines, l’hôtel le plus chic de la ville qui abrite un observatoire. Chaque soir, s’y déroule une conférence sur la théorie développée par Maria Reiche selon laquelle les dessins au sol correspondraient à des constellations. Cette théorie fait néanmoins l’objet de sérieuses mises en doute. De nombreuses autres théories ont été avancées pour tenter d’expliquer ces dessins gigantesques : calendrier, indications des sources d’eau souterraines, base d’atterrissage extra terrestre ... Aucune des théories ne fait l’unanimité et les lignes de Nasca conservent encore aujourd’hui tous leurs mystères.

Le lendemain matin, nous profitons des quelques heures à passer à Nasca pour visiter le musée de la ville. Tout se musée a pour but de faire découvrir au visiteur les aspects historiques et culturels de la pampa de Nasca et de la civilisation Nasca. Le musée est constituée d’environ 5 salles. Les pièces présentées sont cependant assez peu nombreuses. On se contente le plus souvent de grands panneaux illustrés de photos et/ou schémas. C’est un peu rébarbatif sur la forme, mais les textes d’accompagnement sont souvent fort intéressants. Dans le jardin, à l’extérieur, ont été reconstituées divers tombes et monuments funéraires typiques de la région. Des corps momifiés, nombreux et bien conservés dans cette pampa désertique, y ont été placés. On fait le tour du musée en environ 1 heure.
Avis de Pacotille

[Pour info, en juillet 2006, 1 Euro = 4 Soles = 1,25 USD]

Source : http://www.ciao.fr/Lignes_de_Nazca_Perou__Avis_974005


Publié le : 16/08/2008 par Pierre Salviac | voir le(s) 4 Commentaire(s) et réagir à cet article
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